La Ville vend des objets obsolètes dont elle n’a plus l’usage via le site d’enchères publiques Agorastore. On y trouve souvent quelques pépites.
Eric Rufin est imbattable au jeu du « Juste prix ». Une épareuse broyeuse d’accotement ou une combine soudeuse n’ont plus de secrets pour ce responsable des achats de la Ville de Cognac. Encore moins une barque dite prame norvégienne et tout le matériel des services techniques devenu obsolète qu’il s’occupe de vendre sur Internet. Éric Rufin fait la pluie et le beau temps sur le site de ventes aux enchères publiques, Agorastore depuis que la Ville y a souscrit en mai 2011.
Grâce à lui, ce ne sont pas moins de 42 000 € que la mairie a remis dans ses caisses en 2012, auxquels s’ajoutent les 23 000 € empochés depuis janvier 2013.
Des transactions légendaires comme l’ancienne patinoire de l’Espace 2000, vendue 4 010 € à une société espagnole en novembre, ont fait la renommée des enchères. Sans oublier les fameux pavés à vendre au mètre carré. Agorastore n’est plus un site à présenter.
Éric Rufin gère les ventes comme un véritable chef d’entreprise. Il le fait d’autant mieux qu’il a été confronté à deux ou trois mauvaises surprises. « L’an dernier, nous n’étions pas vraiment au point. Les produits n’étaient pas bien décrits sur le site. Par exemple, j’ai mis en vente un Vespacar-benne, alors qu’il s’agissait d’un Vespacar-plateau, à 1 200 €. Lorsque l’acheteur est arrivé, il s’est rendu compte qu’il avait été trompé sur la marchandise et que le Vespacar valait bien moins que le prix annoncé. Il a fini par accepter de repartir avec pour 600 €. »
Aujourd’hui, on ne la lui fait plus. Éric Rufin est consciencieux au point d’aller glaner des informations sur les produits via Internet, lorsque les agents techniques ne sont pas en mesure de le renseigner. « Ce travail peut prendre entre 10 minutes et une heure », affirme-t-il. Quand Éric Rufin mise une essoreuse à salade à 100 €, c’est qu’elle ne vaut pas moins.
Toutes les semaines, il s’oblige à ajouter deux ou trois produits supplémentaires. Et il est loin de la pénurie. Le plus gros du stock se trouve dans un ancien chai appartenant à la Ville, rue Lohmeyer.
La caverne d’Ali Baba recèle bien des trésors. Des dizaines de bureaux d’écoliers, un canoë-kayak, plusieurs véhicules, des vitrines de musées, ou encore tout le matériel de l’ancienne cuisine centrale. Mais la palme de la pièce la plus originale revient à cette prame norvégienne, une petite barque en bois de 3,90 mètres de longueur, qui a servi pendant les feues joutes nautiques. Pour l’instant, la barque ne semble pas séduire d’acheteur. Mise à prix à 750 €, aucune enchère n’a encore été faite sur le site. « Je laisse les produits pendant un mois environ. Si je vois que l’objet ne se vend pas, je baisse le prix. Mais pas trop parce que nous devons payer une commission de 12 % des enchères au site Agorastore. »
Ces enchères font le bonheur des petites collectivités comme la Ville d’Eymet, en Dordogne, qui est intéressée par les mats de fleurissement de quatre mètres de hauteur. Encore en utilisation l’an dernier dans la rue d’Angoulême, ces mats ont une dizaine d’années. Ils sont sacrifiés par les services des espaces verts qui souhaitent renouveler la décoration. Des particuliers aussi n’hésitent pas à profiter de la bonne occasion, surtout pour les véhicules. La preuve, un utilitaire Fiat Fiorino est à acheter pour la modique somme de 170 €.
Depuis l’entrée de Cognac sur le site, la seule ville du Poitou-Charentes à y être inscrite avec La Rochelle, Éric Rufin a mis en vente 162 produits. Et il n’est pas peu fier. En avant-première, il dévoile les futures ventes : « cinq véhicules, un compacteur à gazon, un panneau d’affichage électronique, une vingtaine de téléphones portables, et une grande partie des décorations de Noël ».